La civilisation numérique

La civilisation numérique

Par Jean-Paul Lafrance, Professeur, UQAM

 

« Ordinateurs, téléphones et smartphones en main, des citoyens testent, imaginent, contournent les lois, sans vouloir être forcément dans l’illégalité, pour communiquer, acheter, s’exprimer, apprendre différemment. « Il ne s’agit pas d’une révolution numérique mais d’une civilisation numérique », estime Irina Bokova, directrice de l’Unesco[1].

Pour Doueihi, “la culture numérique est faite de modes de communication et d’échange d’informations qui déplacent, redéfinissent et remodèlent le savoir dans des formes et des formats nouveaux et donnent des méthodes pour l’acquérir et la transmettre[2]”.

On appelle révolution numérique le bouleversement en profondeur des sociétés survenu dans les nations industrialisées et provoqué par l’essor des techniques numériques, principalement l’informatique et Internet. Cette mutation se traduit par une mise en réseau planétaire des individus, de nouvelles formes de communication (courriels, réseaux sociaux) et une décentralisation dans la circulation des idées.

Il est difficile de ne pas analyser les changements survenus à la fin du 20è siècle sans nous référer essentiellement aux outils nouveaux mis en place (ordinateurs, Internet, téléphones intelligents), au risque de nous intéresser uniquement à la mise en place d’instruments technologiques, au surplus matériels, alors qu’il faudrait plutôt se préoccuper de ce qui est en train de changer dans notre vie de tous les jours, dans nos habitudes de vie et dans nos valeurs, dans notre manière d’être dans le temps et l’espace, dans notre façon de travailler et de vivre ensemble, dans nos institutions et notre démocratie, dans notre façon d’échanger avec l’autre, etc.

Premier point : une nouvelle façon de lire, d’écrire et de penser

L’imprimable a connu une évolution importante à travers le temps, passant de l’âge du livre à l’âge de la presse, de la paperasse aux fichiers où le numérique a créé des bouleversements majeurs dans la production et l’échange de documents[3]. Pour les moteurs de recherche comme Google, tout est document : le livre, le texte, le son, l’image, le film, la personne qui sont traités comme tels sans distinction. Les fondateurs de Google avaient comme ambition de redocumenter le monde[4], prenant comme acquis que toute activité (humaine ou non humaine), médiée informatiquement dans le cadre de transactions communicationnelles, laissent des traces qui peuvent être repérées dans un moteur de recherche et insérées dans un fichier numérique.

L’émotion est-elle compatible avec le numérique ?

Ghislaine Azémard Colloque e-éducation ESENESR

L’émotion est-elle compatible avec le numérique ? En posant cette question, ce sont les limites de la médiation numérique que l’on interroge. S’il est aujourd’hui admis que certaines formes d’intelligence sont programmables et rendent les machines productives de manière quasi-autonome, l’émotion reste l’attribut humain le plus difficile à modéliser, à virtualiser et à synthétiser. Même si la notion d’émotion artificielle cherche encore ses ancrages théoriques et expérimentaux, on peut considérer que l’environnement technologique a un impact important sur les comportements, les humeurs, les sensations et émotions des individus. La médiation homme-machine concurrence fortement la médiation humaine traditionnelle dans les rapports amicaux, ludiques, pédagogiques ou encore dans les pratiques artistiques ou les activités professionnelles. L’espace de vie, d’apprentissage, d’action et de relation devient, et cela encore bien davantage pour les « digital natives », un espace hybride qui se nourrit à la fois d’un certain décollement de la réalité et paradoxalement aussi d’une réinscription territoriale inédite par la géolocalisation des données personnelles. C’est un espace hybride où les informations apportées par la réalité sont augmentées par celles provenant de l’immersion dans un univers immatériel, proposées par les ressources informationnelles massives disponibles sur internet. Par ailleurs, la dominance des interactions exclusivement et directement humaines est remplacée par un va et vient entre les interactions humaines et celles assistées par ordinateurs, ou par des machines et objets communicants.

Méthodes actives 2.0

La génération Y s’est emparée massivement des nouvelles technologies numériques et multiplie sa consommation multi-écrans : ordinateur, téléphone portable, tablette, télévision, etc. Cette génération, qui est née dans un contexte fortement technologisé, augmente sans discontinuer ses pratiques numériques et entretient un rapport privilégié avec les nouveaux médias et les nouveaux modes d’information et de communication. Capables de gérer des activités multiples simultanément sur plusieurs écrans, l’attention de ces jeunes est profondément différente de celle des générations précédentes. Cette nouvelle compétence se généralise, puisque plus des 2/3 d’une tranche d’âge consomment au moins 2 médias simultanément et 1/3 au moins 3 médias simultanément.

epub exploitation de la notion epublicité par les étudiants

Autour de la notion epublicité de l’ouvrage hybride  » 100 notions pour le crossmédias et le transmédias des étudiants du master  » Création et Edition Numériques » de l’Université Paris 8 ont développé une vidéo

.Conçu, imaginé et réalisé par les étudiants du « Master Création et Édition Numériques « : Julien Capone, Mehdi Boujeema, Nicolas Gommez, Valérian Piozin.